Histoire de Kia : des vélos de 1944 aux SUV électriques

Du vélo à l'EV9 électrique, huit décennies d'industrie automobile sud-coréenne

Plus ancien constructeur automobile sud-coréen encore en activité, Kia est passé en huit décennies du vélo à la voiture électrique. Fondée en 1944 à Séoul comme atelier de pièces détachées, la firme a survécu à la Seconde Guerre mondiale, à la guerre de Corée, puis à la crise asiatique de 1997 qui faillit l'emporter. Sauvée par Hyundai en 1998, elle s'est depuis imposée comme une marque distincte au design audacieux, capable de remporter prix internationaux et podiums au Dakar. Voici l'histoire d'un constructeur qui a su renaître à plusieurs reprises.

Des vélos aux automobiles : 1944

L'aventure démarre en décembre 1944 à Séoul, sous le nom de Kyungsung Precision Industry. La société fabrique alors des pièces métalliques puis, dès 1951, devient le premier constructeur de bicyclettes de Corée. Rebaptisée Kia Industries en 1952 — le nom signifie « sortir de l'Asie » en sino-coréen — la firme passe progressivement de la bicyclette à la motocyclette, puis à de petits utilitaires. La trajectoire reste modeste : la Corée du Sud, ravagée par la guerre, ne dispose pas encore d'un marché automobile structuré. Mais le manufacturier accumule les compétences industrielles qui lui serviront vingt ans plus tard.

L'ère des licences Mazda

Les premières voitures sortent en 1973, sous licence Mazda. La Brisa, citadine assemblée à partir de la Mazda Familia, ouvre le bal. Suivent des dérivés Peugeot 604 et Fiat 132, attestant de la stratégie d'apprentissage industriel adoptée par le constructeur. Dans les années 1980, le régime militaire impose des restrictions de production qui obligent Kia à se concentrer sur les utilitaires : la firme produit alors les Bongo et Ceres, restés des références dans le pays. Ce n'est qu'à la libéralisation économique de la fin de la décennie que le manufacturier peut renouer avec le segment des véhicules particuliers, désormais sous sa propre bannière.

Faillite de 1997 et sauvetage par Hyundai

La crise financière asiatique de 1997 frappe durement les chaebols coréens, et Kia n'y survit pas. Étranglé par sa dette, le constructeur est placé sous administration judiciaire en juillet 1997. Plusieurs prétendants se manifestent, dont Ford qui détenait déjà une participation, mais c'est Hyundai qui remporte l'enchère en 1998, après une bataille juridique. La fusion crée le groupe Hyundai Kia Automotive, organisé autour de plateformes partagées et d'achats mutualisés, mais préservant deux marques distinctes en termes de design et de positionnement. Ce mariage marquera le redressement spectaculaire des deux entreprises au cours des deux décennies suivantes.

La Cee'd et le pari européen

Le tournant esthétique vient en 2006 avec la Cee'd, première compacte conçue, dessinée et produite en Europe. Le centre de design de Francfort, dirigé par Peter Schreyer (transfuge d'Audi recruté en 2006), pilote le projet. La compacte est assemblée à Žilina, en Slovaquie, dans une usine flambant neuve. Elle inaugure une garantie de sept ans, devenue argument commercial central de la marque. La Cee'd est suivie par la Picanto (citadine), la Rio, la Carens, la Venga puis la Sportage qui rejoint les meilleures ventes du segment SUV compact. Ce pari européen change le regard porté sur la marque, encore perçue comme low-cost dans les années 1990.

Peter Schreyer et le Tiger Nose

Sous l'impulsion de Peter Schreyer, le constructeur adopte en 2007 une signature visuelle baptisée Tiger Nose : une calandre trapézoïdale qui fédère l'identité de toute la gamme. Cette grammaire stylistique, déclinée sur tous les nouveaux modèles, devient un signe de reconnaissance immédiat sur la route. Schreyer est promu Président du design en 2013, premier non-Coréen à un poste exécutif aussi élevé chez le constructeur. Cette continuité esthétique, rare dans l'industrie, distingue clairement la marque de sa cousine Hyundai. Voir aussi l'histoire de Daewoo pour situer Kia dans le paysage coréen plus large.

Sportage, Sorento et Stinger : la montée en gamme

Au cours des années 2010, le constructeur étoffe sa gamme SUV avec le Sportage (compact) et le Sorento (familial), qui rivalisent avec les ténors européens et japonais. La Stinger, berline coupé sport lancée en 2017, marque une incursion ambitieuse dans le segment GT, avec un V6 biturbo de 370 ch. Pilotée par l'ancien ingénieur BMW M Albert Biermann, elle reçoit un accueil critique élogieux. Le manufacturier participe également au Dakar avec ses pickups, glanant plusieurs étapes et podiums catégorie. Cette diversification matérialise une transformation profonde : Kia n'est plus la marque entrée de gamme du groupe, mais un acteur transversal capable de viser les segments premium.

EV6 et EV9 : passage à l'électrique

L'année 2021 marque l'entrée pleinement assumée dans l'électrique avec l'EV6, crossover construit sur la plateforme E-GMP partagée avec Hyundai. Le modèle est élu Voiture de l'année européenne 2022 et reçoit de nombreux prix internationaux. Sa déclinaison sportive GT, dotée de 585 ch, est l'une des Kia les plus performantes jamais produites. L'EV9, gros SUV électrique sept places lancé en 2023, prolonge cette stratégie sur les segments supérieurs. La gamme actuelle, présentée sur le site officiel kia.com/fr et documentée par la fiche Wikipédia consacrée au constructeur, illustre une trajectoire complète : du vélo de l'après-guerre au SUV électrique haut de gamme en huit décennies.